Au début du XXe siècle, la France traverse une période de fortes tensions autour de la laïcité et de la place de l’Église dans la société qui mènera à la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans ce contexte politique et religieux agité, la statue de la Madone de Saint-Laurent-la-Roche devient, elle aussi, le symbole d’un profond désaccord local.

Érigée en 1874, la statue de la Vierge dominait le village depuis le belvédère. Très attachée à ce monument, une partie de la population y voyait un repère important de l’histoire et de l’identité du village. Mais entre 1904 et 1905, la Madone est visée par plusieurs attentats.
Le 1er mars 1904, une première explosion renverse la statue sans la détruire. Elle est rapidement remise en place. Le 24 octobre de la même année, une seconde explosion l’endommage plus sérieusement, laissant un trou béant sur son flanc gauche. Cet événement provoque une vive émotion dans le village et soulève la question de la sécurité des habitants.
À la suite de cet attentat, le maire de l’époque, Émile Charnot, réunit le conseil municipal en séance extraordinaire le 29 octobre 1904. Invoquant les risques liés aux explosions et aux projections d’éclats vers les habitations proches, le conseil décide que la statue doit être enlevée « dans les plus brefs délais » afin d’assurer la sécurité publique.
Cette décision suscite l’opposition d’une partie des habitants. Menés notamment par M. Michel, ancien avocat demeurant à Saint-Laurent-la-Roche, plusieurs habitants du village contestent la position du maire. Pour eux, retirer la statue reviendrait à céder aux auteurs des attentats et à faire disparaître un monument cher à la population. Une pétition recueille 79 signatures demandant au conseil municipal de revenir sur sa décision.

Dans une lettre adressée au maire et publiée dans la presse, M. Michel critique vivement l’attitude de la municipalité. Selon lui, enlever la Madone reviendrait à « faire le jeu des malfaiteurs ». Il s’ensuit un débat véhément par presse interposée.
Le 24 décembre 1904, le conseil municipal examine la pétition mais confirme sa décision initiale d’enlever la statue. Pourtant, malgré cette position officielle, rien ne semble être fait dans les mois qui suivent.
Le 22 avril 1905, à la veille de Pâques, une troisième explosion détruit définitivement la Madone. Les auteurs profitent du trou laissé par l’attentat précédent pour remplir la statue de poudre et la faire éclater. Après cette destruction, certains reprochent au maire son inaction, notamment de ne pas avoir fait consolider la statue en remplissant son intérieur de ciment, ce qui aurait peut-être empêché sa destruction.
L’histoire de la Madone du belvédère illustre ainsi les tensions religieuses et politiques de l’époque, mais aussi un conflit local entre une municipalité soucieuse d’invoquer la sécurité publique et des habitants attachés à la préservation d’un symbole du village. La statue ne sera réinstallée qu’en 1926, grâce à la générosité des habitants et on fête cette année, en 2026, le centenaire de sa réinstallation.
D’après l’étude réalisée par Robert de Belleville











































































